Michelle Cantin et le Trophée Rose des Sables

Michelle Cantin de Québec et sa fille Andrée-Anne Bergeron ont accédé à la 2ième marche du podium lors de la récente compétition « Rose des Sables » dans le désert du Maroc en octobre 2013. Plus de 200 équipes féminines ont participé à cette compétition qui en était à sa 13ième édition. Voici leur histoire…

Club des Elles :  Bonjour Michelle. Personnellement, tu en étais à ta 4ième participation au Trophée Rose des Sables en automne dernier. Comment est née cette idée de participer à un tel rallye au tout début?

Michelle :   Tout a débuté en 2008, quand par un pur hasard, la  télévision projète une course de filles en 4 x 4 dans le désert du Maroc, et ce fut pour moi un « wow, ça existe vraiment ce type d’activités là pour les filles : une compétition internationale exclusivement féminine.  » La réaction fut immédiate :  je veux, je veux et je veux. Comme je suis une personne qui aime sortir des sentiers battus, que je suis compétitive, que j’aime le dépaysement, le dépassement de soi, et bien ça n’en prenait pas plus pour que je prenne le départ.

Club des Elles :  Pourquoi avoir choisi ce genre de défi plutôt qu’un autre… qu’est-ce qui t’attirait dans ce genre de compétition?

Michelle :  Ce qui m’a allumé en tout premier lieu, c’est l’accessibilité à cette course, la compétition elle-même dans un décor à couper le souffle et le défi de me mesurer à mes propres limites. Aussi, le Trophée Roses des sables est associé à deux causes : venir en aide aux enfants du désert et le cancer du sein.

Départ Rose des Sables

Départ Rose des Sables

Club des Elles :  Tu avais sûrement des connaissances en mécanique assez bonnes avant de t’inscrire?  As-tu dû suivre un entrainement particulier?

Michelle :  Bien aussi curieux que ça puisse paraître, non. J’avais peu de connaissances en mécanique mais j’ai appris l’essentiel de ce que je devais savoir pour nous dépanner.  J’avais cependant une qualité essentielle, je suis une bonne pilote et j’aime la conduite. Toutefois, fait étonnant en 2012, j’accepte d’être navigatrice et c’est pour moi une révélation : j’adore ! La lecture du terrain, de la boussole et la stratégie m’ont captivée. Depuis c’est le poste que j’occupe.

Club des Elles :  L’an passé, vous avez décidé, ta fille et toi, de participer ensemble à cette compétition. Vous n’aviez pas peur de possibles conflits mère-fille?

Michelle :   En fait Andrée-Anne et moi avons fait équipe à deux reprises, soit en 2011 et en 2013.  Les gens ont craint plus que nous à ce que de possibles conflits mère-fille ne surviennent.  Comme il est certain que tous les ingrédients sont réunis pour former un cocktail explosif au sein des équipes, nous nous sommes dits que ce serait plus facile de gérer des conflits mère-fille. Andrée-Anne et moi avons toujours été étroitement liées et avons une belle complicité, donc nous étions convaincues que nous saurions gérer ! Ce qui fut le cas.  Ca en prend beaucoup avant de briser une relation mère-fille. Ce que nous avons vécu a, au contraire, resserré des liens étroits déjà bien présents entre nous.  Nous savions que nous étions privilégiées de vivre ces moments ensemble et nous les avons appréciés. Nous avons inscrit une magnifique et inoubliable page à notre histoire.

Parcours Rose des Sables

Parcours Rose des Sables

Club des Elles :  Quelles sont les principales embûches que vous avez rencontrées au début du projet?

Michelle :  La principale embûche survient avant le départ de la course :  réunir le financement nécessaire à la concrétisation du projet.  C’est tellement difficile. Je ne comprends pas pourquoi quand on parle d’une course de véhicules pour femmes, les gens croient que l’on va faire une balade dans le désert.  L’ampleur de cette course « internationale » de haut niveau exclusivement féminine demeure encore, malgré le nombre de participantes, méconnue.

Ce que je trouve également difficile c’est l’angle que prennent certains médias face à cette compétition. Par exemple, quand on regarde la course du Dakar, majoritairement masculine, on parle de performance, de classement, de défi. Quand c’est une course féminine, on filme les larmes et le doute.  On a encore beaucoup à faire pour faire connaître à sa juste valeur l’ampleur de cette compétition de haut niveau.

Club des Elles :  Avez-vous eu des moments de découragement durant les épreuves? Avez-vous songé à quitter la compétition?

Michelle :  Des moments de découragements : non. Des moments de doutes : bien sûr.  Par contre, abandonner la compétition :  JAMAIS.  En fait, le seul moment où j’ai dû signifier un abandon, fut en 2009 pour raison de santé de mon équipière mais pas en raison de la difficulté.

C’est dans la difficulté que l’on mesure sa détermination. C’est quand on affronte nos peurs que nous apprenons à les apprivoiser. A tous les jours, nous étions confronter à nos propres limites puisque nous n’avions aucune référence face aux épreuves qui nous attendaient.  Tous les jours apportaient son lot de difficultés insoupçonnées.  Ça prend beaucoup de maturité pour se retrouver pendant plusieurs jours consécutifs hors de sa zone de confort.  S’il y avait une qualité exigée avant de s’embarquer dans cette course, ce serait incontestablement la maturité.

Lorsque la température atteint les 52 degrés et que tu entreprends de franchir des dunes géantes de 300 mètres la peur aux tripes et que tu réussis, au retour au pays, les problèmes du quotidien t’apparaissent comme un grain de sable.

Compétition Rose des Sables 2013

Compétition Rose des Sables 2013

Club des Elles :  Quelle est votre plus grande fierté?

Michelle :  D’avoir accéder avec ma fille à la 2e marche du podium international sur 209 équipes. C’était tout simplement géant comme sensation et sentiment de fierté. Nous le voulions le podium et nous l’avons eu !

Club des Elles :  Après quatre participations, es-tu satisfaite de tes performances? Que souhaites-tu faire dans l’avenir?

Michelle :  Oui, je suis satisfaite de mes performances car cette année nous avions un objectif en tête : le podium.  Nous étions prêtes. Malgré la chaleur, les difficultés et la fatigue, nous avions réussi à réunir les ingrédients nécessaires au bon fonctionnement de l’équipe :  maturité, complicité et communication : ce qui a fait de nous un beau binôme Nous avons été capables de fonctionner en équipe en tout temps et en toute circonstance.

Ce que je souhaites pour l’avenir ? En fait, il arrive à grands pas : le 5 avril, je serai dans l’avion qui me conduira vers la toute 1re édition du Trophée Roses des Andes dans le désert de Salta en Argentine.  Ce rallye sera de plus haut niveau encore que le Trophée Roses des sables. Nous parcourrons les pistes du réputé Dakar.  En principe, ça devrait être ma dernière participation à ce type de rallye, je dis bien en principe. Ce n’est pas manque d’intérêt, mais bien en raison de la difficulté à réunir les fonds nécessaires.

Club des Elles :  Si une amie t’annonçait qu’elle désire participer à ce rallye, quel(s) conseil(s) lui donnerais-tu?

Michelle :  Sans hésitation : allez, on fonce ! C’est trop stimulant et valorisant. On en revient grandie de ce genre d’expérience qui réunit  « aventure, solidarité et partage ».

 

Merci beaucoup Michelle d’avoir répondu aux questions du Club des Elles. Nous te félicitons pour tes exploits et surtout d’avoir osé… te dépasser!

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