Élise Croteau et le Grand Nord québécois…

Élise Croteau à Umiujaq

Élise Croteau à Umiujaq

Quand on m’a demandé d’écrire pour la section « Elles ont osé », je devais vous parler de mon choix d’enseigner dans le nord du Québec. Par contre, avant d’en venir à cette partie intéressante, je me devais de vous raconter le cheminement qui m’y a mené.

Voici donc sans aucune prétention ma petite histoire de petite fille de 26 ans… !!!

La route nous mène parfois à des endroits inattendus.  Avant de commencer mon baccalauréat en enseignement en adaptation scolaire et sociale, je croyais que je pouvais tout contrôler et que ma vie serait la ligne droite que j’avais décidée et imaginée.

C’est donc avec une certaine naïveté que j’ai commencé ma première session d’université. À la base, mon désir premier est de faire une différence marquée dans le monde où je vis. J’ai choisi d’aller en adaptation scolaire un peu par curiosité, par envie d’enseigner plusieurs matières, mais surtout pour ne pas avoir à choisir une spécialisation, sans avoir une connaissance particulière des clientèles avec lesquelles je pourrais travailler. Les jeunes éprouvant des difficultés d’apprentissages, de comportements et ayant des handicaps physiques ou mentaux furent une réelle révélation pour moi. Ces jeunes aux besoins particuliers quels qu’ils soient, viennent me toucher droit au cœur. Ils viennent chercher mon côté le plus humain et le meilleur que j’ai en moi. Ayant eu une enfance aisée et une famille extraordinaire, ces jeunes me permettent de redonner et de partager cette chance que j’ai eue et qu’ils n’ont malheureusement souvent pas eu la chance d’avoir. Lorsque je me retrouve devant une salle de classe ou en leur compagnie, l’adrénaline monte en moi et je sais que je peux les aider à dépasser leurs limites, peu importe ce qu’elles sont.

Mon parcours n’est pas traditionnel. Après le secondaire, j’ai choisi de partir faire le programme Katimavik, un ancien programme jeunesse de bénévolat qui permettait de voyager à travers le Canada. Ensuite, j’ai fait trois années au CÉGEP (avec le recul, je réalise que la formule du CÉGEP ne me convenait pas du tout). Ces trois années furent ennuyantes et je n’avais aucun sentiment d’appartenance. Je suis donc arrivée à l’université avec 2 années de plus que la majorité des autres personnes avec qui j’étudiais. Moi qui avais toujours eu une tendance à aller vers les gens plus âgés, je découvrais un tout autre monde. J’ai commencé l’université avec la ferme intention de suivre un parcours régulier et sans vagues. La vie en avait décidé autrement.

Les deux premières années furent telles que je les avais imaginées, j’avais des amis, je m’impliquais dans la vie étudiante, j’avais enfin ce sentiment d’appartenance qui m’avait tant manqué au CÉGEP, mais surtout, je suivais le curriculum proposé.

En enseignement, nous devons passer un examen qui certifie notre niveau de français. C’est là que mes difficultés ont commencé. Moi qui avais toujours pensé avoir un bon français, je me retrouvais à ne pas être capable d’avoir la note de passage pour cet examen. Tant que tu n’as pas réussi les deux parties de l’examen, tu ne peux pas faire les stages 3 et 4 et la deuxième partie continuait de me poser problème. J’ai donc continué les cours théoriques tout en n’allant pas en stage. Pour une fille de terrain comme moi, c’était réellement crève-cœur. Je me suis souvent demandé où était la ligne entre ma détermination et l’acharnement, me demander si la vie ne m’envoyait pas un signe pour que je ne devienne pas enseignante, me demander si je n’allais pas contre mon destin en continuant d’étudier et travailler pour réussir cet examen. Je n’avais jamais connu l’échec et voilà que j’en essuyais un à la suite de l’autre.

En parallèle, je travaillais comme étudiante dans une grande compagnie québécoise qui m’offrait une multitude de possibilités autre que l’enseignement. J’y développais des compétences que je n’aurais jamais crues posséder et j’étais bonne. Pourquoi m’acharner si j’avais d’autres possibilités, plus faciles, mais à mon avis (purement subjectif) un peu moins palpitantes que l’enseignement ?

J’ai donc décidé que je faisais une dernière fois l’examen. C’était le moment de vérité, en bon québécois « ça passait ou ça cassait ». En sortant de l’examen, j’étais convaincue que ça n’avait pas bien été et que l’enseignement et moi, c’était terminé. J’ai passé deux semaines à préparer mon entourage à un échec, j’en étais profondément convaincue. Lorsque mon papa m’a appelé au travail pour me dire que la fameuse enveloppe était une fois de plus arrivée, je lui ai dit de l’ouvrir, car je n’avais plus vraiment d’espoir. Lorsqu’il m’a dit que j’avais réussi, je ne le croyais pas.  Je m’étais résignée à ne jamais enseigner. Heureusement, la vie que j’avais crue contre moi me disait enfin que mes efforts, l’étude et mes pleurs avaient valu la peine.

En un an, j’ai terminé les deux cours et les deux stages que je n’avais pas pu compléter. Pour la première fois depuis 4 ans, j’envisageais ma vie telle que je l’avais tant voulu. Là c’est dessiné un espoir, un projet que je caressais depuis ma première année d’université, soit d’aller enseigner dans le Grand Nord québécois.

Élise Croteau, enseignante

Élise Croteau, enseignante

Avec la fin d’un chapitre et l’imminence du début d’un autre, j’aimerais pouvoir affirmer que je n’avais aucun doute sur mon choix de carrière, mais c’est faux. Il y avait toujours ces possibilités chez mon employeur étudiant qui était si alléchantes, particulièrement avec un baccalauréat en poche : un gros salaire, des avantages sociaux incroyables et une stabilité d’emploi rapide. La tentation était grande. Par chance, dans la dernière année, plusieurs anges ont été mis sur ma route. Moi qui avais toujours eu seulement confiance en ma famille immédiate et un nombre très très très restreint de personnes, je retrouvais face à cette dame qui voyait en moi ce que j’avais toujours rêvé d’être : une enseignante en adaptation scolaire et sociale, compétente et qui faisait une différence pour les élèves qu’elle croisait.  Sans le savoir, elle venait de faire la différence pour moi comme je voulais le faire pour mes élèves. À travers mes doutes, mes remises en question, j’ai décidé qu’en devenant enseignante, je pousserais toujours au maximum mes limites, je voulais faire quelque chose de différent avec mon baccalauréat. Mon projet nordique me semblait tout indiqué pour me permettre de réaliser ces objectifs. De plus, il me donnait la stabilité d’emploi qui me faisait tant hésiter.

J’ai donc été engagée et on m’a offert un poste à la commission scolaire Kativik. Je suis présentement titulaire d’une classe de 5-6e année en francisation. Les défis sont nombreux, je me dépasse tous les jours autant sur le plan professionnel que personnel. La réalité des jeunes inuit est totalement différente que celle des autres élèves québécois. Je tente de répondre aux besoins de mes élèves le plus adéquatement possible au meilleur de mes connaissances tout en me respectant dans mes valeurs en tant que personne et en tant qu’enseignante, mais surtout en tentant de respecter leur culture si différente de la mienne.

Le plus difficile est d’être séparée de ma famille, de ne pas pouvoir jouer mon rôle d’ainée de famille comme j’aime tant le faire. Par contre, comme j’ai les meilleurs parents, frères et sœur de la planète. J’ai tout leur support, car ils ont toujours été mes plus grands partisans !

Umiujaq à l'infini

Umiujaq à l’infini

Mon objectif est de rester deux ans dans le Grand Nord. Parallèlement, je débute un D.E.S.S. en administration scolaire pour éventuellement occuper des fonctions d’administratrice scolaire. Cette fonction me permettrait de jumeler ma passion pour les jeunes et les compétences développées dans mon emploi étudiant. Je suis heureuse quand j’ai des projets, sinon je m’ennuie !

Finalement, pour une des premières fois de ma vie, je sens que je suis au bon endroit au bon moment, que je fais exactement ce que je dois faire et que je le fais correctement. Je sais que ma vie est synchronisée à ma passion pour les jeunes en difficultés. Peu importe les fonctions que j’aurai dans le futur, ce sera dans une vision d’améliorer leur condition et de leur permettre de vivre des moments de qualité lorsqu’ils sont à l’école, peu importe d’où ils viennent et ce qu’ils font avant et après l’école.

Élise Croteau, membre du Club des Elles Inc.

5 réponses à “Élise Croteau et le Grand Nord québécois…”

  1. Lucie Dussault dit :

    Quel témoignage inspirant ! Que lui souhaiter de plus que de continuer la poursuite de ses rêves et d’en faire profiter ces jeunes !

  2. Linda Gagnė dit :

    Quel beau témoignage!

  3. Chantal Projean dit :

    Félicitations Élise pour ce beau témoignage. Je reconnais bien ta persévérance et ton engagement pour faire de tes rêves une réalité.

  4. joelle chantal dit :

    c est super beau élise ton écrit félicitation ils sont tres chanceux de t avoir tu es une perle rare pour ses enfants tu les fait grandir et ils te font grandir de leur coté

  5. Francoise Lessard dit :

    Belle persévérance et croire en la vie. Une feuille de route imposante pour un jeune âge. Connaissant ta mère, je constate une perspicacité similaire. Un avenir très prometteur. Félicitations.

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